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Bâtir ensemble l'avenir  de la planète

Proposer des stratégies d'action, appuyées sur le rappel de quelques principes communs, en vue de bâtir un monde responsable et solidaire, c'est la démarche de la Fondation pour le Progrès de l'Homme (1). Un processus de changement collectif auquel l'humanité est d'ores et déjà confrontée.

Si nos sociétés continuent longtemps encore à vivre et à se développer de la manière dont elle le font, l'humanité s'autodétruira. Nous refusons cette perspective. Pour l'éviter, nous allons devoir transformer profondément notre manière de penser et de vivre.  Cette transformation engage chacun de nous.  Mais chacun est impuissant si son action et ses volontés ne convergent pas avec celles de millions, de milliards d'autres. Pour qu'une telle convergence existe, il faut que nous nous mettions d'accord sur l'essentiel : un diagnostic, des valeurs et des principes pour agir, des priorités et une stratégie. C'est ce que nous appelons la "plate-forme pour un monde solidaire et responsable".. Nous voulons nous appuyer sur elle pour bâtir ensemble l'avenir.

Notre monde est à la fois unique et infiniment divers. La stratégie à inventer pour assurer notre survie et notre épanouissement doit respecter à la fois cette unicité qui nous lie et cette diversité qui nous enrichit.
Nous souffrons de trois déséquilibres majeurs : entre le nord et le sud de la planète; entre les riches et les pauvres au sein de chaque société; entre les hommes et la nature. Ces trois déséquilibres reflètent une triple crise des relations et de l'échange : entre les sociétés, entre les hommes, entre les hommes et leur milieu de vie. Ces crises sont inséparables. Le non-respect du milieu de vie, par exemple, accompagne souvent le non-respect des femmes et des hommes.
Les trois crises ne peuvent  être surmontées séparément. Nous ne saurons pas construire, à quelque niveau que ce soit, l'harmonie des relations entre les hommes et son milieu, si n'est pas construite en même temps l'harmonie des relations des hommes entre eux, des sociétés entre elles.

Nous affirmons qu'il n'y a pas de fatalité, que la gravité des menaces ou la complexité des défis doivent faire naître la détermination et non le renoncement. Capables de penser leur devenir, les hommes, les sociétés humaines, sont riches de principes susceptibles de guider leurs choix et leurs décisions.
Formulés sous des formes variées dans la diversité des cultures et des sociétés, quelques principes paraissent des points d'appui essentiels dans la période actuelle.

1) Principe de sauvegarde : la terre que nous ont léguée nos ancêtres n'est pas à nous seuls; nous la devons aussi aux générations futures. Ni la place éminente que nous  y occupons ni nos capacités techniques ne nous donnent le droit de prélever et de détruire sans frein. L'essor de la science et des techniques nous a donné une liberté nouvelle. Cette liberté doit être complétée d'un sentiment de révérence à l'égard de la nature, dont nous devons respecter les limites et les rythmes, dont nous devons sauvegarder les biens essentiels : l'eau, l'air, les sols, les océans, le vivant et les grands équilibres nécessaires à la vie. Pour cela, les sociétés humaines doivent tendre vers des modes  de production et de vie sans prélèvements, déchets et rejets susceptibles de porter atteinte aux équilibres essentiels des milieux locaux et de la terre.

2) Principe d'humanité :  la possibilité pour chaque être humain de disposer de l'essentiel et d'avoir une vie digne, le respect, l'équité et la solidarité entre les hommes et entre les sociétés, le respect de la nature et du vivant, sont les véritables mesures de l'humanité de l'Humanité.

3) Principe de responsabilité : les individus, les entreprises,les Etats, les organismes internationaux, ont à assumer leurs responsabilité dans la construction d'une harmonie des sociétés et des hommes entre eux et avec leur milieu, ils doivent le faire à la mesure de leur richesse et de leur pouvoir. Les peuples sont responsables du destin de l'humanité.

4) Principe de modération : nous devons apprendre à réfréner notre cupidité. Les plus riches, ceux qui sont pris dans le tourbillon du gaspillage, ont à réformer leur mode de vie, modérer leur consommation, apprendre la frugalité.

5) Principe de prudence :  les sociétés humaines ne doivent pas mettre en œuvre e nouveaux produits ou de nouvelles techniques qu'une fois acquise la capacité d'en maîtriser les risques présents et futurs.

6) Principe de diversité :  la diversité des cultures, comme celles des êtres vivants, est un bien commun qu'il est du devoir de tous les hommes de préserver. La diversité des civilisations est la meilleure garantie de la capacité de l'humanité à inventer des réponses adaptées à l'infinie diversité des situations, des défis et des milieux. Les ressources génétiques de la planètedoivent être protégées, dans le respect des communautés qui les ont jusqu'ici sauvegardées, et mises en valeur.

7) Principe de citoyenneté :  nous devons apprendre à nous considérer et à considérer tous les êtres humains comme les membres à part entière de l'immense communauté humaine.

C'est bien un monde solidaire et responsable que nous voulons bâtir.

Mais nos sociétés, prises dans le tourbillon des urgences et largement démotivées par l'enlisement des grands messianismes du XIXème siècle, semble renoncer à se projeter dans le futur. De plus en plus complexe, elles ont du mal à concevoir la conduite de leur propre changement. A fortiori sont-elles peu prêtes à prendre en charge le devenir du monde.
Il est donc essentiel de concevoir et de rendre visible un processus cohérent de changement.

Dire comment se mettre en marche est actuellement plus important encore que dire où aller.

Ce processus de changement collectif pourrait comporter le éléments suivants :

Le changement progressif des représentations :  pour une large part, le monde change dans nos têtes avant de changer sur le terrain. L'éducation, là, est un levier d'action décisif et les transformations à opérer sont immenses. C'est un nouvel humanisme qu'il faut aider à faire naître, avec une composante éthique essentielle et une large place faite à la connaissance et au respect des cultures et des valeurs spirituelles des différentes civilisations, contrepoids au technicisme et à l'économisme de la modernité occidentale.  Les enseignements scolaires, pour leur part, doivent faire toute leur place à une réflexion sur les valeurs et leur prise en compte dans l'action, toute leur place à une approche critique de la science et des techniques, à l'apprentissage de démarches systémiques plutôt qu'analytiques, coopératives plutôt que compétitives.

La construction d'un imaginaire collectif : seule une vision commune de l'avenir, avec des étapes, est susceptible d'aimanter les énergies,  de fédérer les efforts, de faire entrer le long terme dans les décisions présentes. Seul un imaginaire collectif bâti en commun sera capable de créer les synergies permettant de s'arracher à la pression des contraintes, de dépasser les intérêts immédiats, de surmonter les obstacles, d'utiliser chaque défi comme autant d'opportunités pour rebondir et innover.

La conduite frontale des innovations :  une innovation ne va jamais seule : elle en implique d'autres tant en aval qu'en amont. Une innovation limitée à un domaine est vouée à l'échec.  C'est de manière liée que se déploient innovations techniques, innovations sociales, changements des mentalités, des comportements et des institutions. C'est donc une démarche coordonnée d'innovations techniques et sociales qu'auront à impulser, au cours des prochaines décennies, Etats, entreprises, organisations paysannes, syndicats, mouvements de consommateurs et citoyens …

Le développement  et  la fédération  de réseaux d'échanges d'expériences : les innovations socio-techniques naissent toujours localement dans une entreprise, une ville, un village, un terroir ou toute autre communauté.  Elles sont toujours enracinées, liées dans un contexte particulier.  Mais il faut aussi qu'elles se diffusent, qu'elles soient assimilées et transformées par d'autres.  Pour cela, des réseaux sont nécessaires. Or la plupart des réseaux actuels sont localisés ou spécialisés, tandis que nombre de défis actuels sont planétaires. Il faut donc développer les réseaux existants, en susciter de nouveaux, les aider à se connecter de façon souple, à se fédérer.  Ainsi pourra-t-on gagner de précieuses années, peut-être des décennies, dans la diffusion d'innovations pouvant contribuer à répondre à tel ou tel aspect des trois crises auxquelles nous sommes confrontés.

1.Ce texte est extrait de la plate-forme de la Fondation pour le Progrès de l'Homme publiée dans le Monde Diplomatique en avril 1994.

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