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 Le retour du don

« Quelle place y a – t - il pour le don dans nos sociétés occidentales ?"
Il ne peut évidemment pas y jouer le rôle qu’il continue à avoir dans beaucoup de parties du monde … Dans nos sociétés, le don n’est plus un moyen nécessaire pour produire et reproduire les structures de base de la société. On a pas non plus à entrer dans des compétitions de dons et de contre-dons de richesses pour accéder au pouvoir politique …
Le don existe, mais il est libéré de toute la charge d’avoir à produire et reproduire des rapports sociaux fondamentaux, communs à tous les membres de la société …

En s’idéalisant, le don « sans calcul » fonctionne dans l’imaginaire comme le dernier refuge d’une solidarité, d’une générosité dans le partage qui aurait caractérisé d’autres époques de l’évolution de l’humanité. Le don devient porteur d’utopie (une utopie qui se projette tout autant dans le passé que dans l’avenir)….
D’autant plus que l’efficacité du capitalisme ne peut l’empêcher d’accumuler les exclus --individus et nations – et d’accroître les fractures sociales et les fossés entre les nations. L’Etat est supposé représenter toutes les parties de la société et a pour mission de la gouverner de sorte que les conflits d’intérêts, les contradictions qui se développent entre certaines de ses parties, ne l’empêchent pas de se reproduire comme un tout et, encore moins, ne rejette hors de ce tout une partie de la société.
Or, aujourd’hui, l’Etat entreprend de se désengager, pas seulement de l’économie, mais aussi de la santé, de l’éducation, ou est de plus en plus pressé de le faire. C’est dans ce contexte que le don généreux, le don « sans retour » est à nouveau sollicité, avec mission cette fois, d’aider à résoudre des problèmes de société  … devant l’ampleur des problèmes sociaux et l’incapacité manifeste du marché et de l’Etat à les résoudre, le don est en passe de redevenir une condition objective socialement nécessaire de la reproduction de la société … le don caritatif est en passe de s’institutionnaliser à nouveau. Mais le don n’est pas la Terre promise. Il peut servir à attendre, mais on ne peut pas tout en attendre. Car seuls les dieux donnent tout et ont tout donné et, précisément, parce qu’ils n’étaient pas des hommes. Le don va servir mais en attendant quoi ?

Nous sommes dans une société dont le fonctionnement même sépare les individus les uns des autres, les isolent jusque dans leur famille, et ne les promeut qu’en les opposant les uns aux autres. Nous sommes dans une société qui libère comme aucune autre ne l’a fait, toutes les forces, les potentialités qui sommeillent dans l’individu, mais qui pousse aussi  chaque individu à se désolidariser des autres tout en se servant d’eux. Notre société ne vit et ne prospère donc qu’au prix d’un déficit permanent de solidarité. Et elle n’imagine de nouvelles solidarités que négociées sous forme de contrats.
Mais tout n’est pas négociable de ce qui fait le lien entre les individus, de ce qui compose leurs rapports, publics et privés, sociaux et intimes, de ce qui fait qu’ils vivent en société mais qu’ils doivent aussi produire de la société pour vivre.
Les limites du négoce social sont pourtant claires. Imagine-t-on un enfant passer contrat avec ses parents pour naître ? Cette idée est absurde. Et son absurdité montre que le premier lien entre les humains, celui de la naissance, n’est pas négocié entre ceux qu’il concerne. Et c’est pourtant sur de tels faits incontournables que notre société tend à faire silence.
     
                                                                                 Maurice Godelier
                                                                                 L’énigme du don (Flammarion)

 

 

 

 

 

 

 

 





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